L’interview de Marie Curie

Saviez-vous que Marie Curie avait donné son nom à des ambulance ? Découvrez tous les secrets de cette star de la science.


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Faut pas faire cette tête... - Portrait de Marie Curie - DR


Roger(S) : Salut Marie, tu te présentes ?

Marie : Bien sûr. On m’appelle Marie Curie ou Mania pour les intimes, mais mon véritable nom c’est Marie Sklodowska-Curie. Je n’ai jamais renoncé à mon nom de jeune fille.


Roger(S) : Ah oui, tu étais un peu féministe avant l’heure ?

Marie : C’est vrai que je tenais à mon indépendance et ma liberté. On voit souvent des indices de féminisme dans mon comportement : j’ai abandonné le corset très tôt, j’avais peu de vêtements et ne comprenais pas pourquoi les femmes aimaient se faire belles. Mais ce sont des détails, vu d’aujourd’hui. Là où j’ai vraiment dû me battre contre le sexisme, c’est pour les études.


Roger(S) : L’éducation n’était pas ouverte aux femmes à ton époque ?

Marie : Pas partout. Je suis née le 7 novembre 1867 à Varsovie dans une famille d’enseignants très cultivés. Grâce à mes parents, j’ai réussi brillamment mes études secondaires mais l’université n’est pas ouverte aux femmes en Pologne. Avec ma sœur Bronia, nous rêvons de partir à l’étranger pour faire des études et faisons le pacte de trouver l’argent pour aller vivre à Paris.


Roger(S) : C’est fou de devoir se battre pour accéder à l’enseignement… Et ça a marché ?

Marie : J’ai été préceptrice quelques années dans une famille polonaise pour soutenir ma sœur partie à Paris et faire des économies pour mes études puis je l’ai rejointe en 1891. Nous vivions rue de l’Allemagne, que vous avez rebaptisée avenue Jean Jaurès puis j’ai déménagé dans le 5ème, rue Flatters. Je me lance dans deux licences, sciences physiques et sciences mathématiques à la Sorbonne et prévoie de retourner ensuite enseigner en Pologne.


Roger(S) : Ah c’est étonnant cette envie de quitter Paris…

Marie : Soyez rassurés, finalement je suis restée. J’ai obtenu mes deux licences avec mention et on m’a proposé un contrat pour mesurer les propriétés magnétiques de différents aciers. C’est là que j’ai rencontré Pierre Curie. J’ai écrit à une amie : « Quand tu recevras cette lettre, ta Mania aura changé de nom. Lorsque tu recevras cette lettre, écris- moi : Madame Curie. Ecole de Physique et de Chimie, 42, rue Lhomond. C’est ainsi que je vais m’appeler désormais ». Nous nous sommes mariés le 26 juillet 1895.


Roger(S) : Rue Lhomond c’est dans le 5ème. Plutôt chic comme quartier, vous aviez beaucoup d’argent ?

Marie : Pas tant que ça… Nous avions une vie assez précaire, je cousais moi-même les vêtements de notre fille. Il faut dire qu’après avoir découvert le radium en 1898, nous nous sommes opposés à l’idée de déposer un brevet pour en tirer profit. Nous avions à peine de quoi acheter l’uranium nécessaire pour nos recherches mais nous tenions à partager nos travaux avec les autres scientifiques. Comme je l’ai dit à l’époque, « le radium est un élément chimique, il appartient au peuple ». Bon, en 1920 un gramme de radium valait 100 000$ donc on est peut-être passés à côté de la fortune mais c’était un choix…


Roger(S) : Attends, c’est toi qui as découvert le radium ?

Marie : Ah oui, je ne vous l’avais pas dit ? Après la naissance de notre fille Irène, j’ai entamé une thèse de doctorat sur les rayons uraniques découverts pas Henri Bequerel. Grâce aux recherches de Pierre, j’ai pu découvrir le caractère atomique de l’uranium et j’ai compris que les minéraux d’uranium contenaient un élément inconnu. Nous avons alors travaillé main dans la main avec mon mari et découvert deux nouveaux éléments : le polonium et le radium. Nous avons démontré que la radioactivité de ces éléments était de même nature que celle de l’uranium mais dans une version plus intense. Bref, je ne vais pas vous ennuyer avec toutes les subtilités scientifiques, en gros nous avons fait une belle découverte qui nous a valu le Prix Nobel de physique en 1903.


Roger(S) : Félicitations, c’est impressionnant…

Marie : Merci. J’ai failli passer à côté en réalité. Au début mon nom avait été complètement oublié pour la nomination au Nobel. Cohérent vu le machisme ambiant… C’est Pierre qui a écrit une lettre au comité pour que l’on soit considérés ensemble. J’ai finalement été la première femme à recevoir un prix Nobel. Pierre a ensuite été nommé professeur titulaire à la Sorbonne et moi cheffe de travaux du laboratoire Curie attaché à sa chaire de physique.


Roger(S) : Bon, avec une telle reconnaissance, ça devait aller mieux financièrement.

Marie : Ah ah, vous êtes obsédés par l’argent ? En réalité, on travaillait dans un laboratoire de fortune rue Cuvier. Le chimiste Wilhelm Ostwald l’a décrit comme « un croisement entre une étable et un hangar à pommes de terre ». Depuis le labo a été transformé en musée. Ce n’était pas le grand luxe mais c’est là que j’ai mené les recherches qui m’ont valu un second prix Nobel en 1911, en chimie cette fois-ci.


Roger(S) : Un deuxième prix Nobel ? Ton mari devait être fier de toi !

Marie : Euh, en fait il est décédé en 1906…


Roger(S) : Oups, la boulette… Qu’est-ce qui s’est passé ?

Marie : Une mort vraiment ridicule. Il a passé du temps avec du radium dans sa poche, sans savoir que c’était dangereux. Il a même attaché un bout de radium à son bras nu pendant des heures pour étudier la brulure indolore que cela provoquait. Mais finalement il a été renversé par une voiture à cheval vers le quai de Conti le 19 avril 1906 et est mort sur le coup. J’ai repris le labo et sa chaire à la Faculté des Sciences. En 1908 je suis nommée prof titulaire de la chaire de Pierre et deviens la première femme professeur d’université en France.


Roger(S) : Tu as finalement réussi à vaincre les préjugés sexistes en te faisant une place dans ce monde…

Marie : Oui et non, on m’a toujours traitée différemment. Lorsque ma relation avec Paul Langevin est révélée dans la presse en 1910, cela fait scandale et entraine une vague de remarques sexistes et xénophobes à mon encontre. On a même refusé ma candidature à l’Académie des Sciences en 1911, au passage, aucune femme n’y sera admise avant 1960. On me traitait de femme adultère alors que Pierre était décédé depuis 5 ans. Heureusement qu’Albert Einstein, que j’ai rencontré cette même année, a pris ma défense.


Roger(S) : Tu as connu du beau monde ! Tu as influencé la guerre comme Einstein qui a ouvert la voie aux armes nucléaires ?

Marie : Peut-être un peu mais plutôt dans l’autre sens. Déjà j’ai voulu donner mes médailles d’or à la Banque de France pendant la Première Guerre mondiale mais elle les a refusées. J’y ai aussi participé à ma façon en faisant équiper plus de vingt ambulances avec des machines à rayons X surnommées les « petites curies ». Elles permettaient aux chirurgiens de retirer les éclats d’obus et de balles des soldats. On estime qu’environ un million de soldats ont pu être sauvés grâce à ce dispositif. Le gouvernement a voulu me décerner la Légion d’honneur pour cette action mais j’ai refusé, pour moi c’était un devoir. J’ai même passé mon permis à cette occasion pour en conduire une avec ma fille.


Roger(S) : La réussite et l’honneur c’est une histoire de famille alors ?

Marie : En tout cas on est une famille de prix Nobel. Notre fille Irène a reçu son doctorat en 1925 dans la radioactivité et a reçu avec son mari Frédéric Joliot le prix de chimie en 1935.


Roger(S) : Tu as dû être super fière !

Marie : Ben non, j’étais décédée malheureusement…


Roger(S) : Oups, décidément encore une boulette… Qu’est-ce qui t’est arrivé ?

Marie : A force de jouer avec de l’uranium et d’en garder un morceau en veilleuse sur ma table de nuit, ça m’a joué des tours… A l’époque on ne savait pas que cela pouvait créer des leucémies. Je me suis retirée en Haute Savoie en 1934 où je décède le 4 juillet. J’ai été enterrée dans le caveau familial à Sceaux avec mon mari.


Roger(S) : Donc si on veut te rendre une petite visite c’est à Sceaux ?

Marie : Non, nous avons déménagé depuis. A cause de la radioactivité on a mis nos restes dans un cercueil en plomb de plus de 2 mm d’épaisseur. Nous avons été transférés au Panthéon en 1995 sous le regard des Présidents français et polonais. Je suis d’ailleurs la première femme admise au Panthéon pour mes propres recherches. Sophie Berthelot y avait été admise en 1907 qu'en tant qu'épouse d'un grand chimiste...


Roger(S) : Décidément Marie, quel honneur de t’avoir rencontrée.


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