L'interview de Matisse

Saviez-vous qu'une toile de Matisse avait été exposée à l'envers pendant 47 jours à New-York ? Une erreur qui a dû coûter cher à quelqu'un...


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On a l'impression de te déranger en pleine sieste, non ? - Portrait d'Henri Matisse DR

Roger(S) : Salut Henri, tu veux bien te présenter à nos lecteurs ?

Henri : Moi c’est Henri Matisse, je suis né le 31 décembre 1869 à Cateau-Cambrésis.


Roger(S) : Ah, mais t’es pas Parisien alors, c’est dommage…

Henri : C’est vrai, mais j’ai traîné pas mal dans la capitale. J’ai eu des ateliers dans le 5ème et le 4ème, et puis j’ai étudié dans le 6ème entre autres. Donc je connais bien Paris malgré tout.


Roger(S) : Presque Parisien alors, tu nous rassures. Tu sais à quel point cette ville compte pour nous…

Henri : Oui je sais bien… Mais si on doit parler des choses qui fâchent, le tournant de ma carrière a plutôt eu lieu en dehors de Paris. C’est à Collioure en 1905 que je bascule vers le Fauvisme, un tournant très important pour ma carrière. Mes séjours au Maroc, en Algérie et sur la Côte d’Azur de 1906 à 1913 et de 1916 à 1917 ont été déterminants d’après les experts. Bon, moi j’ai toujours dit que « je suis trop anti-pittoresque pour que les voyages m’aient apporté beaucoup ». Mais ce n’est que mon avis…


Roger(S) : Ah mais oui, c'est vrai que tu es un des inventeurs du Fauvisme.

Henri : Oui, j’ai commencé par l’Impressionnisme et puis Signac m’a montré son utilisation de la couleur en Pointillisme, ce que j’ai tenté également. Et en retrouvant Derain dans le Sud, j’ai eu envie de faire éclater les couleurs sur ma toile pour rendre justice à la lumière de la région. C’est comme ça qu’est né le Fauvisme.


Roger(S) : C’est super de trouver son style comme ça… Mais tu as toujours su que tu voulais être peintre ?

Henri : Ah non, pas du tout, ça s’est fait complètement par hasard. En fait je faisais des études de droit pour devenir clerc de notaire et puis j’ai eu une crise d’appendicite qui m’a bloqué chez moi quelques temps. Comme je m’ennuyais, je me suis mis à la peinture, et finalement ça m’a plu. Bon, mon père m’a coupé les vivres mais j’ai quand même intégré les Beaux-Arts de Paris et l’Académie Julian. Et puis je vous rappelle que je ne suis pas que peintre, j’ai aussi fait de la sculpture, des costumes de ballet à la demande de Stravinski et une chapelle avec l’architecte Auguste Perret. J’aime à dire que c’est « le chef d’œuvre de mon existence ».


Roger(S) : Sacré parcours… Tu as dû rencontrer du beau monde avec tout ça…

Henri : Oui, c’est vrai que j’ai travaillé la sculpture avec Bourdelle, on m’a présenté à Rodin… J’ai aussi été l’élève de Gustave Moreau et j’ai côtoyé Signac, Derain et Picasso. Et puis il y avait Cézanne bien sûr, « notre maître à tous ».


Roger(S) : Ah oui… Ce genre de relations ça aide à se faire une place rapidement.

Henri : Oui et non… Au début mon style n’a pas trop plu. Le Fauvisme était très critiqué, on parlait d’un « pot de peinture jeté à la face du public ». En 1913, lorsque mes toiles devaient être exposées à Chicago pour l’Armory Show, une grande exposition internationale d’Art Moderne, des étudiants ont même brûlé mes affiches. La Femme au chapeau, une de mes toiles, a été particulièrement décriée. Heureusement que des collectionneurs américains l’ont achetée, ça me démoralisait un peu que personne ne comprenne mon art… Bon, je ne sais pas si c’est mieux ou pire que lorsque le Musée d’Art de New York a exposé Le Bateau à l’envers pendant 47 jours avant de réaliser son erreur… Heureusement, je n’étais plus là pour voir ça en 1961.


Il faut avouer qu'il y a de quoi se tromper de sens... - Le Bateau, Matisse, DR

Roger(S) : Aïe, effectivement, pas toujours facile la vie d’artiste. Mais tu as fini par trouver ton public, tu fais la fierté des Français maintenant.

Henri : Oui c’est vrai qu’à partir de 1905, malgré certaines critiques, j’ai pu vivre de mon art. Mais en France, ce n’est que depuis les années 90 que mes œuvres sont vraiment célébrées. Il faut dire que comme je plaisais surtout à Chtchoukine en URSS, qui me commandera d’ailleurs La Danse, à Stein et à Barnes aux États-Unis, mes œuvres ne sont pas beaucoup restées dans mon pays natal. Bon, il y avait quand même Marcel Sembat pour m’acheter quelques œuvres ici, et puis j’ai eu la chance d’être lauréat de la 25ème Biennale de Venise après Braque. C’est marrant comme le Cubisme et le Fauvisme se sont croisés sans se mélanger. Gertrude Stein disait d’ailleurs que Picasso était le Pôle sud et moi le Pôle nord de l’Art Moderne.


Roger(S) : Ah mais vous étiez en opposition avec Picasso ? On croyait que vous étiez amis nous…

Henri : Nous avions une relation assez compliquée. C’était à la fois mon ami et mon rival, nous nous sommes pas mal disputés… Nous nous répondions par toiles interposées : il s’est inspiré de La joie de vivre pour ses Demoiselles d’Avignon et moi j’ai rebondi avec La danse. A partir de 1907 nous avions pris l’habitude de nous échanger des toiles. Nous prenions toujours l’œuvre qui nous semblait la plus représentative des faiblesses de l’autre. Picasso m’avait notamment pris un portrait de ma fille Marguerite, âgée de 12 ans à l’époque. Il parait qu’il l’utilisait comme cible pour jouer aux fléchettes au Bateau-Lavoir… Mais bon, quand il est venu me voir en 1913, lorsque j’étais cloué au lit par la maladie, nous nous sommes définitivement réconciliés.


Interview imaginaire de Matisse
C'est à qui se jettera en premier sur le raisin ? - Les Demoiselles d’Avignon, Pablo Picasso, 1907 - MoMA de New York
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Ah on n'a jamais appris à danser tout nus nous... - Henri Matisse, La Danse (1909-1910) DR

Roger(S) : Ah mais oui, c’est vrai que toi aussi tu avais vécu un deuxième confinement forcé… Tu peux nous redire ce qu’il s’était passé, ça n’avait rien à voir avec la Covid à l’époque, si ?

Henri : Ah ah, non. J’ai eu un cancer du côlon qui m’a obligé à rester assis et donc chez moi. Bon, comme j’avais découvert mon talent lors de mon premier confinement, j’ai voulu mettre le second à profit aussi et j’ai inventé la technique de la gouache découpée. En gros, j’ai fait des collages sur toute la fin de ma carrière. C’est ce qui a donné naissance à certaines œuvres très connues comme Jazz (1947), La Tristesse du roi (1952) et L’Escargot (1953).


Roger(S) : T’as quand même pas eu une vie facile…

Henri : C’est vrai, et ma famille a eu une vie mouvementée aussi. Je n’ai pas participé à la Seconde Guerre mondiale vu que j’étais alité, mais ma femme a été arrêtée par la Gestapo en avril 1944 et condamnée à 6 mois de prison. Et notre fille qui était très impliquée dans la Résistance, a été torturée et défigurée. Ça ne m’empêchera pas de faire son portrait à plusieurs reprises après la guerre. Je suis très fier de ma famille.


Roger(S) : Il y a de quoi ! Merci d’avoir pris le temps de répondre à nos questions, tu en as pour longtemps à rentrer chez toi ?

Henri : Oh, vous savez, j’ai tout mon temps depuis ma mort en novembre 1954… Mais oui, ça fait une trotte pour retourner à Nice où j’ai été enterré. Heureusement que vous avez inventé le TGV depuis…


Roger(S) : Oui, alors, on précise juste que ce n’est pas nous personnellement qui l’avons inventé… Si jamais il y avait un doute.



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