L'interview du Baron Haussmann

Saviez-vous qu’Haussmann était du genre à détruire toute une ville pour en faire un musée ?

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Tu réfléchis à ta prochaine ville à raser ? - Portrait du Baron Haussmann (Wikipedia)

Roger(S) : Salut, tu te présentes ?

Georges-Eugène : Bonjour, je suis le Baron Georges Eugène Haussmann. Né à Paris le 27 mars 1809, j’ai fait mes études aux lycées Henri IV et Condorcet. C’est là que j’ai rencontré Alfred de Musset et Louis-Philippe, le duc d’Orléans.


Roger(S) : Ton nom nous dit quelque chose… On se connait ?

Georges Eugène : Il y a Raoul Hausmann, l’artiste dadaïste. Peut-être que vous me confondez, mais il est un peu moins connu que moi normalement… Sinon c’est que vous avez un peu traîné à Paris, j’y ai laissé quelques marques. Enfin, j'ai complètement transformé la ville en fait…


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Oh, ça change si peu... - Rue Mouffetard, Charles Marville - Paris avant/après

Roger(S) : Ah mais oui, c'est toi qui a rendu Paris si belle... Tu as fait de notre ville un musée à ciel ouvert... Quelques conseils si on veut faire pareil ?

Georges Eugène : En fait tout vient de Napoléon III. Il a été très impressionné par la modernité de Londres lors de son exil. A son retour en France, il veut faire de Paris l’une des plus belles capitales du monde et décide de me confier le projet. Je m’entoure alors d’une équipe de choc avec le scientifique Dumas, les architectes Hittorff, Baltard, Ballu et Garnier, mais aussi les banquiers Péreire et Rothschild. Ensemble, nous nous lançons dans 17 ans de transformations, de 1853 à 1870, incluant l’absorption de 11 communes pour passer de 12 à 20 arrondissements parisiens et remodelant totalement le visage de la capitale. Nos objectifs étaient très simples : beauté, hygiène et circulation.


Roger(S) : Paris réussi, si tu nous autorises le jeu de mots… Paris, pari, vous l’avez ? Bref… Vous voulez dire que notre chère capitale n’était pas belle jusque-là, elle était si différente ?

Georges Eugène : J’avais demandé à Charles Marville d’immortaliser le Paris d’avant, donc vous pouvez voir par vous-même, mais j’ai transformé 60% de la capitale donc il y a eu un peu de changement, oui… Je suis surtout connu pour mes immeubles haussmanniens. Sauf que je n’étais pas architecte, d’ailleurs je n’étais pas fan d’architecture, je préférais travailler avec les ingénieurs. J’ai surtout recommandé un alignement des immeubles et une unité de matière. Du coup les architectes ont utilisé des pierres des carrières de l’Oise et du Petit Montrouge, l’actuel 14ème arrondissement, ce qui aide à reconnaître les immeubles haussmanniens. Mais nous avons aussi mis en place l’éclairage, aménagé le Bois de Boulogne, le Bois de Vincennes, le Parc Montsouris et celui des Buttes-Chaumont. De grands monuments ont été bâtis comme la Gare de Lyon, la Gare du Nord, l’Opéra Garnier, le Tribunal de Commerce…


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C'était convivial de faire pipi à l'époque... - Urinoirs, Charles Marville, Musée Carnavalet/Roger-Viollet
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On ne reconnait pas franchement le quartier des Gobelins là... - Bords de la Bièvre (au bas de la rue des Gobelins), Charles Marville, Musée Carnavalet/Roger-Viollet

Roger(S) : Bon d’accord, tu as vraiment refait le visage de Paris. Mais concernant l’hygiène, tu es sûr d’être allé au bout du projet ? Parce que la propreté à Paris, c'est pas trop ça...

Georges Eugène : Je veux bien admettre qu’il y ait encore des soucis mais ce n’est rien comparé à ce que nous avions avant. En 1845, les trois quarts de la population vivent dans l’insalubrité totale. Victor Considerant décrit Paris comme "un immense atelier de putréfaction, où la misère, la peste et les maladies travaillent de concert, où ne pénètrent guère l’air, ni le soleil". Ça ne fait pas rêver… Avec l’ingénieur Belgrand, nous avons mis en place un réseau d’égouts et l’eau courante. En permettant à la population d’arrêter de boire l’eau de la Seine, j’ai participé à l’éradication du choléra.


Roger(S) : Boire l’eau de la Seine, quelle idée… Merci d’avoir remédié à ça. Mais niveau transports, tu ne vas pas prétendre avoir installé le métro quand même…

Georges Eugène : Vous savez bien que le métro n’arrive à Paris que bien plus tard… Mais encore une fois, il faut voir d’où je suis parti. Paris était une ville médiévale aux ruelles étroites. Pour faciliter la circulation de l’air, des marchandises et des populations, je n’ai pas pu me contenter des nouvelles gares et de chemins de fer. Il a fallu démolir 20000 immeubles au total et certains monuments comme le Marché des Innocents, la Tour des Hospitaliers de Saint-Jean de Latran ou encore l’Hôtel Coligny. On m’a surnommé Attila pour toutes ces destructions, mais c’est ce qui a permis la percée de grands axes comme le boulevard Sébastopol, les avenues Foch ou George V, ou encore les rues de Rivoli et Réaumur…


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Heureusement qu'il y a les photos, parce que sur plan ça semblerait presque aéré... - Plan de Paris daté de 1851, un an avant le début des grands travaux d'Haussmann, Maillard / Domaine public, Wikipédia
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Bon, ne commencez pas à analyser le choix des couleurs par quartier, on n'y est pour rien nous... - Nouveau plan de Paris, en 1870, Hachette

Roger(S) : Mais qu’est-ce que tu as fait de tous les gens qui vivaient là ?

Georges Eugène : Oui, bon… C’est vrai qu’il a fallu exproprier pas mal de monde. Ça a entrainé quelques manifestations. Mais comme je l’ai toujours dit à Napoléon III, ce qui compte c’est Paris, pas les Parisiens. Nous avons indemnisé les populations mais la vague de spéculation sans précédent entrainée par les travaux a provoqué la faillite de nombreux petits propriétaires. Les classes les moins aisées, qui vivaient jusqu’ici dans le cœur insalubre de Paris, se sont retrouvées hors de la ville.


Roger(S) : C’est sûr qu’aujourd’hui les habitants du centre sont loin d’être sans le sou… Mais en parlant d’argent, cette transformation a dû être un gouffre financier, non ?

Georges Eugène : C’est vrai que les budgets sont considérables. Napoléon III contracte un prêt de 250 millions en 1865 et 260 millions en 1869. Budgets que j’ai dépassés… J’ai financé les travaux par un système que l’on nommera « l’Emprunt », gagé par les recettes de la ville qui devaient augmenter suite aux travaux. Mais c’est ce montage financier qui causera ma perte. En 1852, la ville récolte 52 millions d’impôts, et même s'il y aura 232 millions en 1869, cela ne rembourse pas les 2,1 milliards engagés. Jules Ferry écrira un pamphlet au sujet de mes dépenses, intitulé Comptes fantastiques d’Haussmann. Bon, je suis peut-être un peu dépensier... Les parlementaires, dont Ernest Picard et Jules Ferry, commencent à me demander des comptes dès 1867, et, le 5 janvier 1870, je suis relevé de mes fonctions par décret impérial. Juste quand je pensais exporter mes idées au reste de la France…


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Heureusement qu'aujourd'hui on ne détruit pas tout dès qu'on veut améliorer la qualité de vie dans une ville... - Destructions nécessaires à la percée haussmannienne, BnF
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Elle a bien changé la place de l'Opéra Garnier... - Percement de l'avenue de l'Opéra, Charles Marville / Wikipédia

Roger(S) : Plein de Paris partout ? Cette idée aurait pu nous plaire… Et après ton éviction, tu es parti te la couler douce dans le sud ? Tu avais dû amasser un sacré pactole vu le milieu…

Georges Eugène : Ah non, pas du tout. J’ai toujours été très honnête et je repars sans le sou, ou presque... Je suis obligé de vendre mon domaine dans le Lot-et-Garonne et ma villa à Nice. Je prends la direction d’une banque pendant un an puis reprend un rôle politique. Mais rien de fou. Enfin bon, ma gloire était déjà assurée par les transformations que j’avais menées à bien et surtout parce que j’ai écrit trois autobiographies pour m’assurer la postérité…


Roger(S) : Ah faire vivre son nom pour l’éternité… Le rêve de beaucoup d’entre nous… Mais d’ailleurs, tu as des descendants ? On peut encore croiser des petits haussmanniens destructeurs d’immeubles en Lego ?

Georges Eugène : Le frère de mon grand-père a encore des descendants il me semble, mais je ne sais pas s’ils sont plus Lego ou Kapla pour ce qui est d’exploser des constructions… De mon côté, je n’ai eu que des filles, donc mon nom n’a pas perduré. D’ailleurs, pour l’anecdote, il parait que ma fille Valentine aurait eu une liaison avec Napoléon III. Je ne sais pas si c’est vrai…


Roger(S) : Il est peut-être encore temps d’avoir des descendants… ?

Georges Eugène : Oh, vous savez, moi je suis mort dans le 8ème à Paris le 11 janvier 1891, du coup je n’ai plus trop l’énergie pour ça… Mes obsèques ont eu lieu à l’Eglise de la Rédemption rue Chauchat, dans le 9ème. Et maintenant je me repose au Père Lachaise, pas loin de Musset.


Roger(S) : Merci de nous avoir un peu expliqué ce que tu avais fait de ta vie. On sait enfin que tu n’étais pas architecte…



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