L’interview de Signac et Seurat

Saviez-vous que Seurat et Signac étaient les heureux pères du Néo-impressionnisme ? Bon, le faire-part de naissance s’était peut-être égaré…


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Roger(S) : Salut les gars, vous voulez bien vous présenter ?

Georges : Moi c’est Georges Seurat, peintre français.

Paul : Et moi, Paul Signac, tout pareil.

Georges : Ça y est, il me copie déjà…


Roger(S) : Ah, on sent comme une petite tension… Dispute de couple ?

Paul : Oh non, pas du tout, il dit ça pour me taquiner.

Georges : Et puis nous ne sommes pas du tout en couple, nous sommes collègues.


Roger(S) : Aïe pardon, habituellement nos interviews en duo sont réservées aux couples, on a dû mal noter un truc… On pensait que vous aviez un enfant ensemble.

Paul : Ah, ça c’est parce que nous sommes les pères du Néo-impressionnisme, aussi appelé Pointillisme. Mais c’est un mouvement artistique où les toiles sont faites de petits points de couleurs, laissant à l’œil le soin de reconstituer l’image finale.

Georges : Oui, ce courant est un mélange d’art et de science basé sur la théorie de la perception des couleurs d’Eugène Chevreul.


Euh, elle est où la plage d'Asnières ? - Baignade à Asnières, Seurat
Bon, ok, les petits points c'est pas un truc de fainéant... - Signac

Roger(S) : Ah oui, on se disait bien que vos noms nous disaient quelque chose… Mais comment vous en êtes arrivés à créer un mouvement artistique ?

Georges : Moi je voulais aller au-delà de l’Impressionnisme, mais ma toile Une baignade à Asnières avait été refusée au Salon officiel. C’est pour ça que l’année suivante j’ai adhéré au Salon des artistes indépendants où nous nous sommes rencontrés et où ma toile a finalement fait sensation.

Paul : Moi au contraire, j’étais déjà très impressionné par les impressionnistes et notamment Monet. Mais lorsque je vois la toile de Seurat au Salon en 1884, j’ai comme un déclic. Quand il applique la théorie de division des couleurs pour la première fois, j’adopte tout de suite le style.


Roger(S) : Du coup vous devez avoir pas mal de chefs-d’œuvre à votre actif…

Georges : Pas tant que ça pour ma part. Malheureusement je suis décédé assez subitement, laissant d’ailleurs ma toile Cirque inachevée. Du coup je n’ai eu le temps de peindre que 6 chefs-d’œuvre.

Paul : Heureusement, j’ai poursuivi le travail en réalisant 99 œuvres dont 35 toiles. Parmi elles, on peut citer Femme lisant qui fait partie des collections du Musée d’Orsay ou Saint-Tropez, l’orage, que l’on retrouve au Musée de l’Annonciade à Saint-Tropez.


Pas mal pour un truc pas fini... - Le Cirque, Seurat
On préfère quand même quand il fait beau nous... - Saint Tropez l'orage, Signac

Roger(S) : Ah d’accord, tu as perpétué son œuvre finalement.

Paul : Pas tout à fait… En fait mon travail a ouvert une seconde phase de Néo-impressionnisme.

Georges : Il faut dire que j’avais une vision très précise de ce que devait être notre mouvement. J’étais assez pointilleux sur le Pointillisme, si vous me permettez le jeu de mot. Pour moi, j’étais un rival de Monet mais avec une vision plus symboliste que l’Impressionnisme. En gros, je ne cherchais pas à créer de l’émotion. Ça se voit d’ailleurs assez bien dans ma toile Dimanche après-midi à l’île de la Grande-Jatte

Paul : Oui, alors que moi je recherchais justement l’émotion, quitte à m’éloigner de plus en plus du réalisme du point de vue des couleurs. Mais j’ai quand même bien prêché pour le Pointillisme, je militais tellement pour faire de nouveaux adeptes qu’on me surnommait Saint-Paul du Néo-impressionnisme.


Roger(S) : Une vraie croisade d’évangile en fait… Et tu es content du résultat ?

Paul : Oui complètement, j’ai fait de nombreux adeptes comme Camille Pissarro en France ou Theo Van Rysselberghe en Belgique. Et puis mes idées de libération de la couleur sans imitation de la réalité ont inspiré Matisse pour la création du Fauvisme quand nous étions à Saint-Tropez. Même si je n’ai jamais adhéré à ce courant, ce n’est pas rien…


On dirait les quais de Seine au confinement. Ou pas... - Dimanche après-midi à l'ile de la Grande Jatte, Seurat
Elle n'a pas l'air ravie de se faire tirer le portrait... - La jeune femme se poudrant, Seurat

Roger(S) : Ah mais vous êtes du sud tous les deux ?

Georges : Non, pas du tout. Moi je suis né à Paris le 2 décembre 1859 et j’y ai fait mes études aux Beaux-Arts. J’ai quitté Paris en 1890 pour m’installer à Gravelines mais je revenais très souvent sur Paris.

Paul : Moi aussi je suis Parisien. Né le 11 novembre 1863, je me marie dans le 18ème. Pissarro était là d’ailleurs… A partir de 1897 j’ai emménagé dans le Castel Béranger, vous savez ce sublime bâtiment Art nouveau conçu par Hector Guimard. Mais ensuite je suis parti pour Saint-Tropez pendant 5 ans puis Antibes… Et oui, j’ai fait des infidélités à Paris.


Roger(S) : Mais attendez, vous étiez mariés ? Parce que ce n’est pas évident de convaincre sa partenaire de quitter Paris…

Georges : Euh, moi je préfère rester discret sur le sujet… Ma famille n’a découvert qu’après ma mort que je vivais une histoire d’amour depuis plusieurs années avec Madeleine Knobloch. A l’époque nous avions un enfant et un autre en route. J’ai même intitulé son portrait La Jeune femme se poudrant pour ne pas éveiller les soupçons…

Paul : Moi j’étais marié, comme je vous l’indiquais, à Berthe Roblès. Mais en 1913 je m’installe à Antibes avec Jeanne Selmercheim-Desgrange avec qui j’aurai une fille. J’ai laissé le Castel Béranger à Berthe et nous sommes restés très bons amis.




Roger(S) : Bon, et maintenant vous traînez dans quel coin ?

Georges : Oh, et bien comme je vous l’ai dit, je suis décédé assez subitement à 32 ans. C’était le 29 mars 1891 à Paris. Depuis je repose au cimetière du Père Lachaise.

Paul : Moi aussi je suis mort à Paris, le 15 août 1935. Et je repose aussi au Père Lachaise.

Georges : Vous voyez, quand je vous dis qu’il me copie…


Roger(S) : Bon, on va vous laisser en tête à tête pour en discuter… Merci d’avoir répondu à nos questions.





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Copyrights :

Une baignade à Asnières, Seurat - DR

Le Cirque, Seurat, 1890-91 - Musée d'Orsay, Dist. RMN-Grand Palais / Patrice Schmidt

Saint-Tropez, l'orage, Signac - DR

Dimanche après-midi à l’île de la Grande-Jatte, Seurat - Art Institute de Chicago DR

Juan-les-Pins. Soir, Signac, 1914 - Collection particulière

La Jeune femme se poudrant, Seurat - DR

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