L'interview de Nadar

Saviez-vous que Nadar adorait mettre en avant le côté dandy de Baudelaire lorsqu'il le photographiait ?

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Ça, c'est de la moustache, à faire passer Zoro pour un amateur... - BNF

Roger(S) : Salut Nadar ou devrait-on dire Félix ? Nous n’avons pas bien saisi... 

Nadar : Alors oui… mon vrai nom n’est pas Nadar… vous m’avez démasqué. Je m’appelle Félix Tournachon et je suis caricaturiste, écrivain, aéronaute et photographe français. 

Roger(S) : Rien que ça ! Eh bah dis donc… On en reparlera mais une question nous turlupine. Parisien ou pas Parisien ? 

Nadar : Parisien, un vrai de vrai ! Je suis né à Paris donc Parisien pure souche ! J’en suis très fier figurez-vous. J’ai dû quitter ma ville plusieurs fois d’ailleurs, de mon plein gré ou pas…  Mais j’ai toujours fini par y revenir. 

Roger(S) : Du coup, tu connais Paris comme ta poche. Tu recommandes quels quartiers toi ? 

Nadar : Je suis né rue Saint-Honoré donc j’ai passé une partie de mon enfance dans ce coin-là. J’ai aussi vécu rue Saint-Lazare pendant un temps et puis sur le boulevard des Capucines. J’ai aussi beaucoup trainé entre la Gare Saint-Lazare et Haussmann puisque j’ai étudié au Lycée Condorcet. On notera que c’est l’un des plus prestigieux de Paris… sans vouloir me vanter bien-sûr. 

Rogers(S) : Justement, dans ce lycée prestigieux, que tu évoquais en toute modestie… Tu étais plutôt cancre ou premier de la classe ? 

Nadar : Alors là, bonne question… Quand j’étais jeune je me qualifiais de casse-cou, touche-à-tout et même de mal élevé. Pourtant je n’étais pas vraiment un cancre... J’étais très impliqué dans mes études et mes jobs mais je ne tenais pas en place. J’ai fait médecine à Lyon pendant un temps, puis j’ai été critique de théâtre avant de retourner à Paris pour faire du journalisme. J’avais clairement un goût prononcé pour l’écriture donc j’ai continué là-dedans… Plus tard j’ai commencé à griffonner et j’ai fini par allier le journalisme et le dessin pour devenir caricaturiste. Et si vous pensiez que je m’arrêterais là, pas du tout… J’ai aussi pris goût à la photographie et l’aéronautique. 



Roger(S) : Ah oui, quand tu te qualifiais de touche à tout, tu n'exagérais pas. Mais du coup t’as quand même eu le temps de te faire des amis ? 

Nadar : Bah justement, j’ai rencontré tellement de personnes que je ne pourrais pas toutes les citer. J’ai connu Charles Baudelaire, Henri Murger, Théodore de Banville ou Gérard de Nerval…. Des chics types. Ils m’ont beaucoup inspiré. Je pourrais même dire que leur fibre artistique m’a donné le courage de me lancer dans la caricature. Pendant ma carrière de photographe j’ai rencontré Louis Blanc et Jules Simon. J’ai aussi collaboré avec Balzac, Alexandre Dumas ou Théophile Gautier sur un de mes projets, même s’il n’a pas eu le succès escompté…

Roger(S) : C'était quoi ce projet ? Ça ne t'a pas trop mis sur la paille ?

Nadar :  A 19 ans je me suis lancé sur ce fameux projet qui n’a pas marché malgré les super collaborateurs que j’avais dégottés. Je l’avais appelé Le Livre d’or et je voulais en faire une revue prestigieuse. Je l’inscrirais plutôt dans Le Livre d’or des échecs… Bref… J’ai vraiment commencé à me faire des sous quand j’étais photographe. Apparemment mes photos plaisaient bien à la bourgeoisie. 

Roger(S) : Oui, tu n'as pas connu que des échecs, rassure-nous...

Nadar : Ah non, il fallait bien un avantage au fait d’être multi-talents. En regardant en arrière, j’ai fait pas mal de choses quand même. Déjà, mes portraits de personnalités que j’ai commencés à publier dès 1854. Il y a aussi ma première caricature publiée dans le journal Le Charivari. J’ai vraiment vécu ça comme une consécration. Mais celle qui m’a vraiment fait goûté au succès c’est ma caricature Le Panthéon Nadar, avec ses 250 écrivains et journalistes. Je suis aussi très fier de mon premier roman La Robe de Déjanire. 

Roger(S) : Effectivement c’est pas mal tout ça… La vie d'artiste t'a plutôt réussi finalement

Nadar : Oui, c'est vrai. Mais il n'y a pas eu que ma vie d'artiste... Je regrette peut-être un peu mon engagement pour le soulèvement de la Pologne en 1848. Enfin pas l’engagement en lui-même, mais les conséquences. Ça m’a quand même valu d’être emprisonné en Prusse. Niveau souvenirs joyeux… il y a mieux. Mais j’ai quand même vécu 89 ans… c’est vraiment pas mal. 


Roger(S) : Bon, et bien merci pour cette entrevue très enrichissante Nadar.



La culture sur le terrain : Nadar et Paris


Retrouvez sur notre carte son atelier, où a eu lieu la première exposition impressionniste et bien d'autres lieux.


VOIR SUR LA CARTE


Copyrights :

Balzac caricaturé, Nadar, 1850 © BnF

Panthéon Nadar, Nadar, 1854 © CC0 Paris Musées / Maisons de Victor Hugo Paris-Guernesey

Charles Baudelaire, Nadar, 1860 © Ministère de la Culture et de la Communication / Médiathèque de l’architecture et du patrimoine / Dist Rmn © Donation Félix Nadar

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