La chaussure dans l’art

Découvrez 5 artistes ayant fait de la chaussure une véritable star avec notre décryptage d’œuvres d’art.


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Sympa ce modèle, vous l'avez en 42 ? - Le Modèle rouge de Magritte DR

En matière d’art, tout est permis. Ou presque… Et les artistes en profitent pour n’en faire qu’à leur tête, si bien que certains prennent comme sujet central de leur œuvre des objets banals du quotidien. Prenons la chaussure par exemple, quand vous regardez vos souliers, vous ne voyez pas forcément une œuvre d’art méritant sa place au musée. Sans vouloir remettre en cause la beauté de vos pieds…


Pourtant certains artistes ont su tirer l’inspiration de cet objet insolite et mettre la chaussure au centre d’une œuvre d’art. L’histoire ne dit pas si l’idée vient d’un coup de pompe côté inspiration mais il faut bien avouer que le résultat est là…


Les souliers de Van Gogh, 1886

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Dans le genre fan de chaussures, Van Gogh se posait là. Ce n’est pas une mais 5 toiles représentant ces bottines que l’artiste réalise en arrivant à Paris. Si cette série peut sembler des plus anodines, elle est en réalité très intéressante à plus d’un titre.


D’abord parce qu’elle est peinte lorsque Van Gogh fête ses 33 ans, c’est-à-dire à un moment clé de sa vie. Il renonce alors à devenir pasteur et se consacre pleinement à son art, et passe de sa palette du Nord aux tons sombres à celle du Sud avec les tournesols colorés que l’on connait si bien. C’est donc le début de 4 ans de production artistique de génie.


Ensuite, cette série d’œuvres est un véritable pied de nez à la bourgeoisie française. En principe les natures mortes sont au bas de l’échelle, elles sont à l’art ce que votre voisin est au football. Enfin, sauf si votre voisin c’est Messi…

Bref, l’avènement de l’ère industrielle permet aux nouveaux riches de s’intéresser à l’art, amenant ainsi une vague de changements de (mauvais) goûts et un engouement pour les natures mortes. Avec ces chaussures sales, Van Gogh propose une œuvre anti-commerciale qu’aucun bourgeois ne voudra jamais exposer dans son salon et qu’il ne vendra donc jamais. Malin. Ou pas…


Enfin, ces chaussures auraient été achetées par Van Gogh sur un marché aux puces, dans un état plutôt décent. L’artiste les aurait couvertes de boue jusqu’à ce qu’elles soient suffisamment sales pour être intéressantes à peindre. Bon, vu comme ça, on va arrêter de tenter de nettoyer nos baskets…


Le Modèle rouge de Magritte, 1935-1964

Dans le genre obsessionnel, Magritte n’a rien à envier aux autres artistes. Il réalise tout de même 7 variantes, à l’huile, à la gouache ou en dessin, de cette œuvre sur près de 30 ans. Cette série d’œuvres interpelle à plusieurs égards.


Tout d’abord le mélange des styles peut étonner. Au premier regard, c’est le réalisme qui domine avec le grain du bois en arrière-plan ou les veines du pied par exemple. Mais c’est ensuite l’aspect surréaliste et irréel qui saute aux yeux avec cette chaussure qui se transforme en pied.


Ensuite c’est le titre de l’œuvre qui peut décontenancer. En effet, il n’y a rien de rouge dans ce Modèle rouge. Comme souvent, Magritte se joue des mots et des idées préconçues. Si le rouge ne renvoie pas à la couleur, il pourrait être lié à une idée politique communiste et dénoncer la montée du matérialisme.


Enfin, c’est en 1938, lors d’une conférence, que l’artiste révèle le sens de son œuvre. « Le problème des souliers démontre combien les choses les plus barbares passent, par la force de l’habitude, pour être tout à fait convenables. On ressent, grâce au Modèle rouge, que l’union d’un pied humain et d’un soulier en cuir relève en réalité d’une coutume monstrueuse. » Un peu vegan avant l’heure, Magritte dénonce donc la barbarie d’une chaussure en peau, en glissant dans notre esprit l’idée que ce cuir aurait pu être fait d’une peau humaine.


Le Chapeau-chaussure de Dali et Schiaparelli, 1937

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Si vous connaissez un peu le style excentrique de Dali, vous vous doutez que son interprétation de la chaussure n’aura rien de normale, mais de là à en faire un chapeau... On marche sur la tête.


Bon, en réalité cette création n’est pas que le fruit de l’imaginaire fantasque de Dali. Si l’artiste espagnol est à l’origine de l’idée, c’est l’artiste couturière Schiaparelli qui lui donnera naissance. En effet, elle tombe sur une photo de Dali portant un escarpin sur la tête et décide de réaliser un accessoire s’inspirant de cette idée. Travaillant en collaboration avec l’artiste espagnol à plusieurs reprises, elle proposera deux versions de ce chapeau : l’une en feutre noir, l’autre avec une semelle rouge.


Gala, la compagne de Dali, sera prise en photo avec le modèle noir, désormais exposé au Palais Galliera, ce qui achèvera de rendre cette création célèbre. Si le Chapeau-chaussure est considéré comme une œuvre d’art, car la chaussure, supposée permettre de garder les pieds sur terre, permet ici une évasion de l’esprit propre au Surréalisme.


Marilyn de Joana Vasconcelos, 2011

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Quand Joana Vasconcelos crée des chaussures, elle ne le fait pas à moitié. Avec ses escarpins de 3 mètres de haut et 4 mètres de long, pas sûr qu’elle puisse chausser grand monde…


Cette sculpture monumentale représentant deux escarpins est composée de 600 casseroles et couvercles. Elle a été créée pour être présentée à la Galerie des Glaces au Château de Versailles. De loin, on perçoit une chaussure luxueuse, brillante et disproportionnée, digne de la royauté, mais de près on est plus sur l’univers de Cendrillon que d’une princesse…


L’artiste réalise un hommage à la femme moderne et à sa dualité, à la fois aux fourneaux à faire tourner la maison, tout en restant glamour. Si l’on peut y voir une forme de sexisme, renvoyant l’idée que les femmes sont responsables des tâches ménagères, elle n’en est pas moins le reflet de la réalité, et encore plus dans les années 2010 au Portugal, pays de naissance de l’artiste.


Ce sont donc les multiples facettes des femmes que l’artiste met en avant avec la mère nourricière à la cuisine, la femme puissante armée de boucliers, et la femme glamour en escarpins. Le nom de l’œuvre, en référence à l’actrice Marilyn Monroe considérée comme superficielle bien que dotée d’une profondeur d’esprit, vient également renforcer cette idée.


Perspectives de Chiharu Shiota, 2015

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Si les chaussures viennent habituellement par paire, l’artiste japonaise Chiharu Shiota en a décidé autrement. Les mauvaises langues diront que 350 chaussures dépareillées, ça n’a pas vraiment de sens, mais c’est justement toute la question que l’artiste souhaite explorer.


Au-delà de l’aspect esthétique et de la performance de relier ces centaines de chaussures à un point unique avec plus de 6 000 mètres de fil rouge, cette œuvre est intéressante de par le message qu’elle fait passer. En effet, après avoir demandé à tout un chacun de lui envoyer une chaussure accompagnée d’une note manuscrite expliquant son histoire, l’artiste a sélectionné 350 modèles parmi les 2 000 qu’elle a reçus.


Elle explore ici l’idée que les objets banals du quotidien peuvent gagner du sens à travers l’histoire de leur propriétaire. Les chaussures sont ainsi imprégnées de l’esprit des personnes qui les ont portées, une aura que l’on découvre grâce aux notes exposées. On y retrouve par exemple une chaussure de boxeur portée lors des entrainements importants ou une chaussure portée lors d’un pèlerinage entre 33 temples.

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